La crise du logement est une bombe sociale qui revêt de multiples facettes : les étudiants qui ne sont pas loin de recommencer le mouvement du 22 mars 1968, les coûts de construction qui augmentent plus vite que les revenus, la rareté du foncier, les travaux d’adaptation au changement climatique, les coûts de transformation des actifs tertiaires obsolètes, le coût des loyers, l’insuffisance de logements sociaux, les EHPAD qui coûtent plus chers que les pensions de retraite, l’impossibilité de déménager que ce soit pour accepter un travail « ailleurs », pour décohabiter ou pour agrandir sa famille…Une véritable bombe à fragmentation donc, comme le décrit si bien notre spécialiste du logement Xavier Lépine pour les lecteurs de Sans Doute. L’occasion pour lui de nous proposer des pistes originales pour sortir enfin d’un modèle sclérosé.
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l est né dans une cité HLM de Créteil et finira peut-être propriétaire de la moitié des monuments historiques de Paris. Entre les deux, Xavier Niel aura tout traversé, les messageries roses du Minitel, une cellule de garde à vue, la révolution Free, la guerre contre Martin Bouygues, l’entrée au capital du Monde, puis l’alliage suprême avec la famille Arnault, en continuant de vendre au public le costume commode du rebelle. Après Bernard Arnault, patriarche du luxe qui a transformé l’héritage industriel en monarchie mondiale, après Matthieu Pigasse, banquier d’affaires de gauche dont les médias finissent parfois par servir ceux qu’ils prétendent combattre, Niel incarne peut-être la synthèse la plus cynique du capitalisme français contemporain : l’enfant du numérique qui a compris que le pouvoir ne se conquiert pas seulement en cassant les prix, mais en achetant les tuyaux, les journaux, les murs, les réputations et les alliances. Voilà pourquoi il fallait, en tant que directeur de la publication de Sans Doute, compléter mes deux éditoriaux précédents par le portrait de cet homme qui a transformé la transgression en marque commerciale, la respectabilité en bouclier et l’irrévérence en numéro de communication. Bref : un rebelle devenu propriétaire du système, et assez habile pour continuer à se faire applaudir comme s’il le combattait.
Sans Doute publie nouvel appel de notre spécialiste de l’immobilier Xavier Lépine, pour une révision radicale de la politique du logement dans notre pays. La France traverse en effet une triple rupture anthropologique : démographique, sociologique, économique. Le système de financement immobilier hérité du XXe siècle est incapable désormais d’y répondre. Pourtant deux outils — le prêt viager hypothécaire et le bail emphytéotique — existent pour corriger les inégalités patrimoniales entre générations, sans un euro de subvention publique. Ce qui manque pour notre contributeur, c’est le courage de bousculer des acteurs trop confortablement installés dans des modèles périmés. Un texte décapant.
Le monde entier, et singulièrement la France, vit une double crise de l’immobilier : trop de bureaux (qui se vident) et des prix qui s’effondrent, une crise du logement faute d’en avoir construit assez. Et à la crise de l’offre est venue s’ajouter la crise de la demande : les logements sont devenus beaucoup trop chers pour être achetés par les classes moyennes et pas suffisamment rentables pour attirer des investisseurs non subventionnés.
Xavier Lépine, personnalité incontestée du secteur immobilier, nous livre en deux parties et quatre chapitres, une vision profonde et sans concession sur l’état du secteur du logement. Un logement au bord d’un gouffre qu’il est urgent de combler. Après le triste constat et quelques ébauches, voici maintenant le moment des solutions. Solutions qui, au passage, ne demandent pas de tendre la sébile à l’État (suite et fin – 3 & 4).