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On nous parle encore des guerres comme d’accidents tragiques, de déraillements de l’Histoire, de crises regrettables qu’un sommet de plus finira bien par recoudre. C’est le roman officiel, celui qui passe très bien dans les salons, entre une indignation calibrée et un verre tiède. En réalité, nombre de conflits contemporains ressemblent moins à des tragédies qu’à des abonnements reconduits tacitement. Personne ne gagne vraiment, personne ne sort vraiment, mais tout un monde bien placé continue de facturer. Une nouvelle analyse décapante pour Sans Doute de Frédéric Arnaud-Meyer sur le plus grave des sujets.
La guerre n’a même plus besoin de victoire. Elle a trouvé mieux : la durée.
Il faut commencer par déchirer un rideau. Les guerres d’aujourd’hui ne sont pas seulement plus brutales, plus médiatisées ou plus obscènes. Elles sont devenues plus longues, plus confuses, plus visqueuses. La Banque mondiale le dit dans sa langue de grande institution : les conflits violents sont désormais plus complexes, de plus en plus prolongés, impliquant davantage d’acteurs non étatiques ainsi que des acteurs régionaux et internationaux. Le CICR, lui, emploie des mots plus nus : longévité, intractabilité, mutabilité. En français courant : ça dure, ça mute, ça se ramifie, ça ne finit jamais tout à fait.
Autrefois, on imaginait la guerre comme une séquence : mobilisation, affrontement, capitulation, traité, cimetière, reconstruction. C’était déjà souvent mensonger, mais au moins le mensonge avait une forme. Aujourd’hui, la guerre se comporte comme un climat. Elle s’installe. Elle sédimente. Elle devient l’air mauvais des sociétés. Elle ne détruit pas seulement des corps ou des frontières ; elle ronge les canalisations, les réseaux électriques, les chaînes logistiques, les écoles, les maternités, la confiance, les budgets et jusqu’à la texture du quotidien. Dans les guerres prolongées, rappelle le CICR, la souffrance n’est pas seulement immédiate ; elle est cumulative. C’est une corrosion générale du vivant civil.
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