Partager cet article
Les derniers sondages donnent à Edouard Philippe des résultats bien meilleurs qu’à Gabriel Attal pour la présidentielle de 2027. Le système médiatico-politique a pourtant validé jusqu’à présent l’idée que Gabriel Attal serait un présidentiable incontournable. Vraiment ? Tout juste 36 ans, sans bilan notable, sans proposition distinctive, sans rien incarner d’autre que la continuité avec Emmanuel Macron et la jeunesse dorée ! Il dirige le gouvernement pendant 7 mois, il prend la tête du parti présidentiel (combien de divisions ?) et il deviendrait ipso facto présidentiable ?
Gabriel Attal, clone favori du président actuel ?
La rencontre d’un homme avec des circonstances fait, dit-on, les grands destins. Les circonstances exactes de 2027 sont encore mal connues mais on connaît Gabriel Attal, du moins l’homme public. Comment caractériser cet homme et en quoi est-il armé face aux circonstances ?
Ce qui frappe d’abord, c’est la ressemblance avec Emmanuel Macron, certes en plus pâle. Un candidat de 38 ans (en 2027), de bonne allure, incarnant la jeunesse et le renouveau, on nous a déjà fait le coup !
Moins diplômé que le président actuel, il est tout aussi généraliste et n’a aucune compétence particulière : il n’est ni médecin, ni ingénieur, ni entrepreneur, ni agriculteur, ni avocat, ni professeur, ni magistrat, ni d’ailleurs fonctionnaire, c’est… un politique ! Comme le lycée de la Providence à Amiens pour Emmanuel Macron, son Ecole Alsacienne a été complétée par des cours de théâtre : 10 ans de pratique pour ce fils de producteur de cinéma ! Une excellente formation aux meetings de campagne : on nous a aussi déjà fait le coup ! Naturellement, jeunesse oblige, pas de service militaire ou national pour le potentiel futur chef des armées. (Emmanuel Macron est le premier président de la Vème République à ne pas avoir servi sous les drapeaux).
A la différence de Macron qui pouvait se prévaloir d’une origine provinciale, Attal se signale par un parisianisme absolu que n’altèrent pas 11 années passées… de l’autre côté du périphérique au conseil municipal de Vanves (minoritaire, donc sans aucune délégation !). À ce jour il n’a pas d’enfant, ce qui à coup sûr fait gagner un temps extraordinaire aux trentenaires ambitieux, mais les prive aussi d’un certain sens des réalités et des responsabilités (notons que ce ne fut le cas d’aucun des présidents de la Vème République avant l’actuel). Sur ce terrain privé, il faut noter un vrai progrès de la société française : l’homosexualité que Gabriel Attal assume sans la revendiquer ne semble ni un obstacle ni un avantage. Je signalerai enfin les mêmes atouts personnels qu’Emmanuel Macron : Gabriel Attal parle bien l’anglais, a le sens des formules et séduit les journalistes.
Le maigre bilan de Gabriel Attal
En quoi cet homme serait-il celui de la situation en 2027 ? Aurait-il un programme révolutionnaire, une théorie politique nouvelle, un mouvement populaire qui le porte, un bilan qui parle pour lui ? Rien de tout cela.
Le plus préoccupant est l’absence de bilan car la démocratie est malade de l’impuissance publique. Il n’a rien fait ou presque. Comme Emmanuel Macron avant lui qui n’avait rien accompli avant 2017, à part des bus Intercités. Il lui a pourtant été donné plus d’occasions de forger un bilan, mais qu’en a-t-il fait ? Il parle beaucoup, s’active auprès de tous les politiques de l’espace central, « sans tabou » et prêt à poursuivre la destruction de l’opposition droite/gauche. Il manie des idées qui le propulsent en tête des sondages comme la nécessité d’ « élever le niveau » de l’Education nationale (doit-on applaudir de tels truismes ?) ou de lancer un « plan anti-fraude sociale », mais pour quels résultats ? Qu’on en juge :
- 1 an et 8 mois secrétaire d’Etat sans portefeuille auprès de Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’Education nationale et de la jeunesse, période largement concentrée sur l’idée de service national universel qui n’a connu à ce jour que des expérimentations très partielles ;
- 1 an et 10 mois porte-parole du Gouvernement, ministre de la parole donc, avec un vrai résultat il est vrai : avoir largement contribué à faire réélire Emmanuel Macron par ses attaques incessantes contre les autres candidats ;
- 1 an et 2 mois ministre délégué chargé des comptes publics, participant ainsi directement à l’explosion des compteurs de la dépense et à l’incapacité du Gouvernement de redresser les choses après le « quoi qu’il en coûte » ;
- 5 mois ministre de l’Education nationale et de la jeunesse, un séjour marqué par l’interdiction de l’abaya mais tellement bref que Gabriel Attal a envisagé de garder une responsabilité spéciale sur ce sujet depuis Matignon, par-dessus la tête de la ministre qu’avec le Président il avait choisi ;
- 7 mois et 27 jours comme Premier ministre, le plus jeune de la Vème république, nommé avec la mission explicite de gagner des élections européennes qu’in fine son camp a sévèrement perdues, impuissant à engager quelque grande orientation que ce soit dans cette période de campagne engluée dans un débat sur la fin de vie et des revendications agricoles, critiquant une dissolution catastrophique mais incapable d’imposer un poids politique qui aurait forcé le président à l’associer à sa décision, et enfin gérant les affaires courantes pendant 51 jours.

Gare au jeunisme !
Que l’on songe un instant à l’expérience cumulée de chacun des anciens présidents de la République quand ils ont accédé à leurs fonctions, tant en ce qui concerne le gouvernement des hommes que l’administration des choses, tant en ce qui concerne le rapport avec les Français que l’expérience internationale : Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac… ! Et Gabriel Attal ? Que l’on songe aux dirigeants d’un monde dangereux et en plein « interrègne » : Donald Trump, Vladimir Poutine, Xi Jinping, Narendra Modi, Benyamin Netanyahou, Recep Erdogan, Friedrich Merz… ! Et Gabriel Attal ? Franchement, même si, dans certains cas, la valeur n’attend pas le nombre des années, on peut trouver que cela ne serait pas sérieux, et il me semble que les Français, s’ils élisaient à nouveau un tel président, risqueraient de déchanter comme ils le font aujourd’hui d’Emmanuel Macron.
Allons au bout du raisonnement. La politique française est malade de son entre-soi. L’adoubement d’Emmanuel Macron ne peut servir de viatique à Gabriel Attal. L’expérience et la capacité à agir comptent et sont le seul barrage possible aux extrêmes qui parient, eux aussi, sur le jeunisme, notamment avec un Jordan Bardella qui aura 30 ans cet été. On oublie beaucoup trop que l’expérience des échecs comme celle des réussites forgent peu à peu une personnalité, lui donnent une sûreté de jugement, l’intelligence des consensus et des équilibres, la capacité à prioriser et à suivre suffisamment et précisément l’exécution de ce qu’on a décidé de réaliser vigoureusement. C’est dans leur cinquième décennie que des dirigeants comme John F. Kennedy, Tony Blair, Edouard Philippe ou Pedro Sanchez sont arrivés au pouvoir, encore jeunes mais plus expérimentés.
Gabriel Attal a du talent et des opinions raisonnables. Qu’il les conforte à la tête d’un exécutif local comme d’autres le font au Havre ou en Île de France ! Il a tout le temps pour faire plus ensuite. Il n’est plus recommandé par l’Education nationale de sauter des classes trop jeune !