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Il y a des seuils qui ne signifient rien juridiquement mais qui changent beaucoup de choses psychologiquement. Le franchissement des 100 points de base de "spread" (écart) entre l’OAT (Obligation Assimilable du Trésor) française à dix ans et son équivalent, le Bund allemand, appartient à cette catégorie. Le 24 septembre 2026, la prime exigée par les investisseurs pour détenir cette obligation française à dix ans plutôt qu’une obligation allemande de même maturité a atteint 111 points de base, soit un peu plus d’un point de pourcentage. La France n’avait plus connu un tel écart depuis 2012 et la crise des dettes souveraines de la zone euro. Ce "spread" a augmenté d’environ 40 points de base depuis juin et a pratiquement doublé depuis les élections législatives anticipées de 2024. Pourtant, il serait faux d’en conclure que la France se trouve au bord d’une crise de financement comparable à celle qu’ont connue la Grèce, le Portugal ou l’Espagne au début des années 2010. Un premier article pour Sans Doute de notre spécialiste des marchés financiers Omar Dibo qui remet les pendules à l'heure.
Le marché fait payer un risque propre à la France
Pour comprendre la situation française, il faut commencer par distinguer deux phénomènes que le débat public mélange. D'une part la hausse générale des taux européens et de l'autre l’élargissement du spread français. Le taux d’une OAT française à dix ans peut être décomposé en deux briques.
La première correspond au taux considéré comme la référence la moins risquée de la zone euro, le Bund allemand, alors que la seconde correspond à la prime supplémentaire exigée pour détenir la dette de la France plutôt que celle de l’Allemagne. Quand tous les taux européens montent ensemble parce que l’inflation augmente ou que la BCE devient plus restrictive, le financement français se renchérit mais ça ne signifie pas forcément que le marché se méfie davantage de la France.
Par contre, quand l’OAT française monte plus vite que le Bund, le "spread" s’écarte et une composante spécifique à la France apparaît. Les taux européens sont en revanche indéniablement soumis à une pression générale. En effet, la hausse des prix de l’énergie et le conflit au Moyen-Orient ont ravivé les anticipations d’inflation et conduit les investisseurs à anticiper un resserrement supplémentaire de la BCE.
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