Partager cet article
« Il est plus facile d’accuser que de comprendre », disait Albert Camus. Notre contributeur spécialiste des questions de santé publique Frédéric Bizard, fait sienne cette citation, ulcéré de voir la Caisse Nationale d'Assurance Maladie s'en prendre, avec succès d'ailleurs, aux médecins libéraux. Il dénonce un acharnement à vouloir détruire un système qui fonctionne plutôt que s'attaquer aux véritables raisons du déficit abyssal de la branche maladie de la Sécurité Sociale.
Dans le rapport charges et produits 2026 publié en Juin 2025, censé éclairer le Parlement pour le vote de la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS), la Caisse Nationale d'Assurance Maladie (CNAM) a écrit :
« On observe des niveaux élevés de rentabilité́ à l’échelle de secteurs entiers du système de santé qui (…) semblent constituer des rentes économiques, …».
Une analyse « inédite » mais peu crédible
La CNAM a réalisé une analyse économique « inédite », dit-elle, sur 7 secteurs (dont la biologie, la radiologie et l’audioprothèse), révélant un une marge brute allant de 15% à 27%. Alors que les chiffres 2023 et 2024 étaient disponibles, l’année de référence est 2022, biaisée par deux années de crise sanitaire Covid « inédite », avec des dépenses et recettes totalement atypiques.
D’autant plus que deux années exceptionnelles et inflationnistes ont suivi la crise sanitaire, et le niveau de charges fixes (personnel, amortissement des investissements) post-covid n’est pas revenu à la normale.
Bref, la situation comptable et économique de 2025 n’a plus rien à voir avec 2022 dans les secteurs concernés ; les résultats de l’étude sont ininterprétables. C’est purement factuel.
Peu importe, l’essentiel est d’allumer une mèche, d’enclencher un narratif qui va polluer tout le débat parlementaire de l’automne 2025 avec un concours Lépine de celui qui sera mettre à mal ces « rentes insupportables » dans notre système solidaire : la chasse au rentier est ouverte.
La cible favorite a été le médecin libéral de secteur 2 (plus de la moitié des spécialistes), primus inter pares de la rente économique selon le baromètre idéologique des débats parlementaires.
La CNAM n’a pas manqué sa cible, la manipulation a fonctionné :
La LFSS 2026 votée mi-décembre indique dans son article 78 que le Directeur Général de la CNAM aura seul les mains libres pour décider unilatéralement des tarifs et du remboursement en cas d'échec après les six mois de négociation entre les différentes parties prenantes.
A postériori, les auteurs de la manipulation font mine de ne pas comprendre la colère déclenchée par leur « étude inédite », qui a pourtant détruit un peu plus ce qui restait de démocratie sanitaire.
« Je suis surpris, vraiment surpris », disait le Capitaine Renault dans le film Casablanca
Article réservé aux abonnés
Abonnez-vous gratuitement pendant 1 mois
Profitez d'un accès illimité à l'ensemble de nos contenus en ligne et toutes nos newsletters.
Bénéficiez de votre abonnement gratuit