Au cours d’un banal trajet sur l’autoroute, une collégienne demande à la voiture électrique dans laquelle elle roule de lui concevoir un programme de révisions pour son prochain contrôle d’histoire. La machine s’exécute, endossant le rôle du précepteur. Mieux encore, la machine encourage la jeune femme. Derrière cette anecdote en apparence anodine se cache un séisme anthropologique majeur. En déléguant à des véhicules, à des brosses à dents ou à des balances connectées la capacité de structurer notre propre pensée, l’humanité franchit un cap irréversible. Du premier éclat de silex taillé par nos ancêtres jusqu’aux algorithmes embarqués de la Silicon Valley, roulons à vive allure au cœur de la plus grande opération d’externalisation cognitive de l’histoire humaine. Une ère où l’outil ne se contente plus de prolonger la main, mais prétend modéliser notre intellect. Une fois de plus, pour Sans doute, Marc Lipskier semble avoir fait voeux de nous déciller devant notre fascination vis-à-vis des IA et autres « machines » qui ont envahi notre quotidien. Il nous rappelle que l’externalisation technologique devient une entrave dramatique à l’acquisition de connaissances profondes et pérennes.
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Comment la démocratie peut-elle survivre à l’ère des réseaux sociaux qui enferment chacun d’entre nous dans des bulles cognitives, comme nous en faisons l’expérience régulièrement ? Quelle place pour la nuance face aux extrêmes dans l’expression publique qui occupent le terrain grâce à des algorithmes complices ? Celui qui connait les horreurs du XXème siècle doit répondre à ce défi du XXIème pour éviter le lent affaiblissement de « la pire forme de gouvernement à l’exception de toutes celles qui ont été essayées au fil du temps », selon l’expression de Churchill à la Chambre des Communes le 11 novembre 1947. Une analyse pour les lecteurs de Sans Doute, subtile et puisée aux meilleures sources, de Frédéric Arnaud-Meyer, notre partisan d’une démocratie de combat.
l est des œuvres destinées à marquer leur époque, mais que le cours de l’Histoire relègue dans l’ombre. Trois femmes, huile sur toile peinte par Pablo Picasso entre le printemps et l’automne 1908, en est l’exemple frappant. Cette toile monumentale, de 200 sur 178 cm, était conçue pour être un manifeste — l’aboutissement des recherches formelles qui mèneraient l’artiste vers le cubisme. Les vicissitudes de l’époque en ont décidé autrement. Une aventure rare que Pierre Martin-Vivier relate et analyse pour Sans doute.
Le 23 juin 2026, Marc Bloch entrera au Panthéon, quatre-vingt-deux ans après son exécution par les nazis dans un champ de Saint-Didier-de-Formans. La cérémonie s’annonce solennelle, comme il convient à ceux qui ont tout donné ; mais qu’on se garde de croire qu’elle marquera le commencement de l’hommage : elle en sera l’aboutissement visible, la coupole lumineuse d’un édifice patiemment construit, pierre à pierre, depuis des mois, par des milliers de mains enseignantes et cherchantes. Découvrez ce texte magnifique de notre contributrice Joëlle Alazard, présidente de l’association des professeurs d’histoire-géographie.
Aarhus, 9 h 03 du matin. La lumière du Nord découpe les pavés comme dans une publicité pour l’éternité.
Den Gamle By s’éveille lentement — un décor de film que personne ne tourne. Des mannequins grandeur nature, des journaux jaunis, une bicyclette adossée à un mur d’ocre.
L’air sent la cire, la confiture et la mélancolie subventionnée.
Tout est vrai, sauf le temps.
L’ombre du pain chaud
glisse sur la table d’étain —
rien ne vieillit ici.
Depuis plusieurs années, le manuel papier disparaît peu à peu des classes d’histoire-géographie. Il serait jugé trop coûteux, trop lourd, voire trop « daté ». À sa place, plusieurs régions ont promu le tout-numérique : tablettes et ordinateurs, ressources en ligne. L’intention peut sembler louable : alléger les sacs, moderniser les pratiques, économiser le papier. Mais nous constatons chaque jour sur le terrain ce que ce basculement précipité provoque : une école moins équitable et parfois même plus vulnérable.
Parmi toutes les commémorations, celle de l’armistice du 11 novembre 1918, incarne plus que toute autre l’Histoire. La faute peut être à cette saison d’automne qui respire la nostalgie. La faute peut être à ces 1,4 millions de morts tombés pour la France et ces 21 millions de mutilés. La faute à cette terrifiante moyenne de 900 jeunes soldats français mourants chaque jour sur les champs de bataille.