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Des objectifs de 2% d'inflation, d'un rapport sur le PIB de 3% pour le déficit budgétaire, et de 60% pour la dette publique ...d'où viennent ces chiffres et ont ils un sens ? Dans sa nouvelle contribution pour Sans Doute et fidèle à sa tradition de secouer les idées reçues, Jobic de Calan nous explique à la lecture des travaux les plus récents d'économistes renommés, qu'ils ne reposent sur aucune logique scientifique ou mathématique. Pour notre contributeur, ils relèvent bien plus de la parole performative à vocation incantatoire, comme si par leur simple existence et leur rappel régulier, ils avaient un effet sur les faits qu'ils mesurent, ce qui n'est évidemment pas le cas. Dans le monde du XXIème siècle, ces chiffres du XXème pourraient même avoir l'effet inverse, faute pour les citoyens de les comprendre et des pouvoirs publics de ne jamais les respecter.
Le 19 décembre 2025, le Gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau déclarait au Figaro à propos du budget et des interminables débats parlementaires qui accompagnaient son élaboration : « Au-delà de 5 % de déficit, la France se mettrait en danger » sans nous expliquer pourquoi 4,9% nous sauverait et 5,1% nous damnerait. Cette déclaration eut un mérite, celle de bientôt nous apprendre la distance entre la Roche tarpéienne et le Capitole, quand le pourcentage de déficit ramené au produit intérieur brut serait définitivement connu, et probablement supérieur aux attentes, aux calculs et aux espoirs du gouvernement. A 5,3%, cette distance romaine serait alors de 0,3 point.
On pourrait écrire que la valeur de ce type de chiffre, comme celui de la dette ramenée au déficit, tient d’abord à la promesse qu’il comporte et à la trajectoire qu’il tend à dessiner. Si un gouvernement envisage un niveau de 5%, mieux vaut qu’il le tienne au dixième près pour rester crédible, autant vis-à-vis de ses partenaires européens en vertu des traités qui les lient que des généreux créditeurs de l'Etat français. Mais au-delà de cet engagement, certes important, qui nous rappelle la vigueur financière et morale des Lannister de Games of Thrones (“Un Lannister paye toujours ses dettes”), la question plus fondamentale que pose l'utilisation de ce type de chiffres est celle de leur pouvoir et de leur justification.
On a souvent l’impression que par leur puissance seule, ils arriveraient à avoir un effet sur les faits qu’ils mesurent, comme si le résultat, à la fois vérité et action, allait accomplir cette œuvre avec laquelle les politiques, et par délégation, les citoyens ne veulent plus se colleter. La question peut paraître moins absurde qu’elle n’en a l’air tellement ces nombres dans la bouche des politiques tiennent de l’incantation et tellement on pourrait croire que les invoquer permettrait de régler les sujets qu’ils sont censés mesurer. Cette force viendrait de la croyance que ces ratios financiers mesureraient un phénomène comparable à, par exemple, celui de l’eau dont les états connaissent des ruptures selon la température. A 100 degrés Celsius, l’eau bout et à 0 degré, elle gèle.
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