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Alors que les études d’audience rendent compte mois après mois de la substitution progressive de la télévision linéaire par les plates-formes de streaming, l’institut Nielsen s’apprête à remettre en cause avec force cette dynamique. Aux Etats-Unis, berceau des plateformes qui plus est. D’après les révélations du Wall Street Journal, un changement de méthodologie qui est intervenu dans l’étude The Gauge, la mesure de l’audience de référence, aboutirait à inverser le rapport de force entre chaînes linéaires et plateformes, rendant aux chaînes linéaires 5 points d’avance sur les secondes (47,2% vs 42,7% en février), au lieu de 5 points de retard en janvier (42,7% et de 47%). Au-delà des effets conjoncturels liés à la programmation (les Jeux Olympiques d’hiver ces dernières semaines), l’importance du mouvement promet une polémique majeure sur le bien-fondé des modifications effectuées, compte tenu de son impact majeur sur la répartition des investissements publicitaires. Une analyse exclusive pour Sans Doute de notre spécialiste des médias Philippe Bailly.
Alors que Nielsen a annoncé le report au 24 mars de la publication des résultats de l’étude The Gauge pour février, les chiffres révélés par le Wall Street Journal le 19 mars comme résultant de l’étude suggère un complet renversement du rapport des usages, par rapport aux trajectoires dessinées ces derniers mois, et à la croisée des courbes annoncée en mai 2025 entre télévision linéaire et plateformes de streaming :
- 47,4 % du temps passé pour la télévision linéaire en février, en cumul des networks et des chaînes du câble, contre 42,7% en janvier 2026, 44,4% en février 2025 et 40,6% au plus bas, en juillet 2025 ;
- 41,9 % pour les plateformes de streaming, vs 47% en janvier 2026, 43,5% en février 2025 et 47,6% au pic de décembre 2025.

Si le WSJ ne dévoile pas l’ensemble des données individuelles de chacun ces services figurant dans le rapport mensuel de Nielsen, les résultats qu’il communique donnent la mesure de l’importance des écarts pour les services leaders :
- La part d’usage de YouTube ressortirait à 11%, vs 12,5% en janvier 2026 et 11,6% en février 2025, revenant à son niveau de décembre 2024,
- Les chiffres seraient respectivement de 7,5%, 8,8% et 8,2% pour Netflix, soit son score de mai 2025,
- Prime Vidéo ressortirait à 3,3%, contre 4,1% et 3,5%, à son niveau de septembre 2024
- Ou encore Roku se situerait à 2,4%, au lieu de 3% et 2,1%, chiffre qu’il n’avait pas connu depuis avril 2025.
La tenue du 6 au 22 février des Jeux Olympiques d’hiver, diffusés par le groupe NBC Universal, et le Super Bowl disputé de 8 février sont évoqués comme contribuant à expliquer ce renversement. Mais en 2025 – sans JO mais avec le Superbowl – le mois de février ne s’était situé qu’en 6e position pour les diffuseurs historiques, à 44,4%.
Le débat se portera donc surtout sur les changements de méthodologie opérés par Nielsen : l’intégration de données issues d’une étude de l’Advertising Research Foundation, pour contribuer au cadrage de des remontées des données de son panel, s’ajoutant à l’intégration de logs fournis par les éditeurs intervenue ces derniers mois, dans le cadre de sa mesure hybride.
En même temps qu’il annonçait le report de la publication des résultats de l’étude The Gauge, Nielsen avait indiqué que ceux-ci seraient communiqués le 24 mars, en même temps que ceux de son étude « Distributeurs » qui agrège – pour les acteurs historiques – leurs audiences en linéaire et les performances de leurs plateformes de streaming.
Compte tenu de l’importance des écarts évoqués, 5 points en l’espace d’un mois, Il est peu probable que cette double publication suffise à répondre aux interrogations du marché.
