Le 23 juin 2026, Marc Bloch entrera au Panthéon, quatre-vingt-deux ans après son exécution par les nazis dans un champ de Saint-Didier-de-Formans. La cérémonie s’annonce solennelle, comme il convient à ceux qui ont tout donné ; mais qu’on se garde de croire qu’elle marquera le commencement de l’hommage : elle en sera l’aboutissement visible, la coupole lumineuse d’un édifice patiemment construit, pierre à pierre, depuis des mois, par des milliers de mains enseignantes et cherchantes. Découvrez ce texte magnifique de notre contributrice Joëlle Alazard, présidente de l’association des professeurs d’histoire-géographie.
Il est des procès qui disent plus que ce qu’ils jugent. Celui qui s’est achevé le 2 mars 2026 devant la cour d’assises spéciale de Paris – cinq semaines d’audiences, quatre accusés, un verdict longuement attendu – restera dans les mémoires non seulement pour les peines prononcées, mais pour ce qu’il a révélé, dans sa chair même, de l’état de notre démocratie et de la fragilité de ceux qui en sont, chaque jour, les serviteurs les plus exposés : les enseignants. Car il s’est passé quelque chose dans cette salle que l’on ne saurait taire, quelque chose qui dépasse les attendus et les dispositifs, quelque chose que la technique juridique ne suffit pas à nommer. Pendant cinq semaines, avec méthode et constance, la défense d’Abdelhakim Sefrioui a instillé une petite musique – insidieuse, patiente, calculée : et si Samuel Paty avait discriminé des élèves musulmans ? Et si, d’une certaine manière, il portait une part de responsabilité dans ce qui lui était arrivé ? Samuel Paty, décapité dans une rue de Conflans-Sainte-Honorine le 16 octobre 2020, était donc à nouveau convoqué. Non comme victime. Comme prévenu. Une tribune exclusive pour Sans Doute et ses lecteurs, de Joëlle Alazard, présidente de l’Association des Professeurs d’Histoire-Géographie, à lire d’urgence pour partager le désarroi des enseignants après ce verdict.
Depuis plusieurs années, le manuel papier disparaît peu à peu des classes d’histoire-géographie. Il serait jugé trop coûteux, trop lourd, voire trop « daté ». À sa place, plusieurs régions ont promu le tout-numérique : tablettes et ordinateurs, ressources en ligne. L’intention peut sembler louable : alléger les sacs, moderniser les pratiques, économiser le papier. Mais nous constatons chaque jour sur le terrain ce que ce basculement précipité provoque : une école moins équitable et parfois même plus vulnérable.
Dans un monde où l’incertitude économique guide les décisions politiques, il est tentant de réduire les budgets alloués à l’éducation, voire de sacrifier certains domaines jugés non prioritaires, comme la culture – en témoigne. Cet hiver, le gel de la part collective du pass culture puis la forte réduction de la part individuelle du dispositif… et sa disparition pour les moins de 17 ans. Quelles que soient les justes adaptations à envisager, voir dans la culture un luxe – plutôt qu’un pilier fondamental de l’éducation – constituerait une erreur obérant l’avenir de nos sociétés : la culture forge des citoyens plus conscients, tolérants et créatifs ; capables d’approfondir leur compréhension du monde.
Lancé en 2018, Parcoursup a remplacé l’ancien système APB (Admission Post-Bac) dans l’objectif d’améliorer l’orientation des élèves de Terminale et de rendre plus transparent l’accès aux formations supérieures. Le dispositif visait à offrir une meilleure personnalisation du parcours des étudiants, tout en garantissant une place pour chaque bachelier dans une formation qui corresponde à son profil. Alors que la saison des grands forums d’orientation post-bac bat son plein et que les lycéens débutent leur navigation sur cette plateforme qui peine à convaincre, revenons sur ce dispositif source d’anxiété dans les familles.
Le procès contre les responsables de l’assassinat de Samuel Paty constitue indéniablement un moment crucial dans l’histoire de l’école. Dans un contexte national et international particulièrement instable et menaçant, avons-nous réellement accordé à ce procès toute l’importance qu’il mérite ? Alors que le parquet national antiterroriste a requis des peines jugées dérisoires par les enseignants durablement marqués par cet assassinat, il nous semble crucial de rappeler l’enjeu majeur de ce procès, tant pour l’avenir d’une profession que pour l’institution scolaire elle-même.